top of page

16 décembre 2023 : Pose du coq au sommet de la flèche de Notre-Dame de Paris

Par Christian DUMOLARD, Membre de Restaurons Notre-Dame

Photo Bernard BRANGÉ, Membre de Restaurons Notre-Dame

Avec le concours de Pascal JACOB, Membre d'Honneur de Restaurons Notre-Dame

Photo de Couvertures: Romaric TOUSSAINT © Rebâtir Notre-Dame de Paris


 

En ce jour mémorable du 28 novembre 2023 le dernier élément du poinçon central est monté puis ajusté au sommet de la flèche. Le vendredi 1er décembre un énorme et magnifique bouquet de fleurs tricolores muni de rubans également tricolores flottants au vent est fixé sur ce poinçon, signant la fin des travaux de l’ossature bois de la flèche.


Le mercredi suivant, 6 décembre, la croix métallique de huit mètres de haut, à décors dorés et portant à son pied la gigantesque couronne aux seize roses de Marie, reçoit la bénédiction de l’archevêque Monseigneur Laurent Ulrich. Après cette cérémonie la croix est fixée sur la flèche en bois. La nouvelle croix bénéficie de dorure et de petits feuillages. Elle est simplement magnifique !

A gauche l’arrivée de la nouvelle croix © Aristote Vérité-Ambiances insolites Linked In

A droite l’ancienne croix © Christian Dumolard 2013


Le vendredi 8 décembre, à un an de la réouverture de la cathédrale, l’archevêque de Paris, Mgr Laurent Ulrich et le Président de la République Emmanuel Macron viennent sur place. Le Président félicite les équipes responsables de cette prouesse. C’est un grand moment de joie et de fierté pour tous.

Huit jours plus tard, le samedi 16 décembre :

 

15h : l’archevêque Mgr Laurent Ulrich bénit le coq lors d’une cérémonie au chevet de la cathédrale et y dépose les trois mêmes reliques que ses prédécesseurs, Mgr Morlot en 1859 puis Mgr Verdier en 1935. Sont présents également les architectes en chef Philippe Villeneuve, Rémi Fromont, Pascal Prunet et Philippe Jost, président de l’Etablissement Public. Le procès-verbal mentionne « les noms des personnes ayant œuvré à la reconstruction », soit près de deux mille noms. Cette cathédrale de Marie et du Christ est aussi la cathédrale des hommes, des travailleurs qui ont œuvré si durement pour cette résurrection.

 

15h40 : le coq commence son élévation depuis le chevet de la cathédrale.


Mais faisons un petit retour en arrière : pourquoi un coq et pourquoi des reliques ?

Est-ce une invention de Viollet-le-Duc ?

 

Non, le coq surmonte déjà les flèches médiévales. Deux exemples tirés de manuscrits enluminés le prouve : celui d’Agostino Patrizi Piccolomini de 1485, « Pontificale romanum » où la façade de Notre-Dame de Paris est représentée avec sa flèche surmontée d’un coq. Un autre manuscrit enluminé, « Les très riches heures du duc de Berry » de 1416, au folio 161 verso, montre également une flèche surmontée d’un coq.

 

A gauche manuscrit de 1416 « Très riches heures du duc de Berry © Musée de Chantilly 

A droite manuscrit de 1485 « Pontificale romanum » © BNF/Gallica

Les coqs surmontent les églises, lieux cultuels, tandis que les fleurs de lys terminent les sommités  des demeures royales, lieux de pouvoir. A chaque symbole sa signification.

Que signifie le coq ? Le coq annonce l’aube, le lever du soleil. Pour le chrétien ce lever du soleil est une image de la Résurrection, de la venue du Christ.

Prenons quelques secondes pour relever ici un détail pittoresque de l’histoire de l’architecture : suivre le Christ, symboliquement assimilé au soleil, est si important que le renommé Villard (1200-1250), dit de Honnecourt, son village en Picardie, laisse au XIIIe siècle sur ses célèbres carnets de croquis, au folio 22, un projet d’automate en bois pour faire tourner une statue afin que son doigt suive la course du soleil : « par chu fait on un ange tenir son doit ader vers le solel ».

 

Ce projet fou sera repris par l’architecte chargé de la restauration de la Sainte-Chapelle de Paris Jean-Baptiste Lassus (1807-1857). Il en ébauche un plan en juin 1853. Un début de réalisation se voit encore aujourd’hui dans sa charpente. Les crédits complémentaires à ce projet furent refusés et celui-ci abandonné.


A gauche « Faire tourner l’ange » croquis de Villard de Honnecourt © BNF/Gallica

A droite « Faire tourner l’ange » dans la charpente de la Sainte-Chapelle  © Bernard Brangé 2021

 

Mais en faisant du coq une girouette tournant face au vent, le symbole se modifie.

Il devient l’animal qui affronte les tourments de la vie avec courage, comme le chrétien qui doit rester ferme dans les tempêtes de sa vie, gardant le cap donné par le Christ. Un coq en effet est capable de mettre en fuite un renard s’immisçant dans le poulailler comme s’envoler pour frapper un homme au visage s’il ressent un danger.

 

Quant aux reliques, leur utilisation est très ancienne. Ici, à Notre-Dame , le coq doit contenir des reliques dites protectrices pour le bâtiment, contre la foudre ou autres colères célestes. Le coq de Notre-Dame contenait des reliques, enfermées dans une boite scellée placée dans le coq, lors de son érection en 1859. Ces reliques sont composées d’un morceau de « la vraie croix » du Christ, un fragment d’ossement de Saint Denis, premier évêque de Paris, ainsi que de Sainte Geneviève, patronne de Paris.

Les archives du diocèse de Paris relatent la constitution de ce reliquaire à insérer dans le coq ainsi que le texte dédicatoire du cardinal, Monseigneur Morlot, dans le volume VIII de leurs registres :

 

« Samedi 11 juin 1859

Son Éminence chante les premières vêpres de la Pentecôte accompagné de messieurs les archidiacres de Notre-Dame et de sainte Geneviève. Avant cet office Mgr bénit la croix qui doit être placée sur la flèche de la cathédrale. Cette croix qui a 7 mètres de hauteur en comptant le paratonnerre qui la surmonte et le soubassement avait été apportée dans la nef, où se fait la bénédiction. Une boite ronde en fer doré avait été préparée pour y enfermer les reliques de la vraie croix, de la sainte couronne, de saint Denys et de sainte Geneviève qui doivent être déposées dans le coq. Chacune de ces reliques est enveloppée dans un papier scellé aux armes de son Éminence – et le tout est enveloppé dans un parchemin également scellé qui porte le procès verbal suivant :

 

« De la foudre et de la tempête et de tous les maux libère nous Seigneur.

(dans le coq sont placés) des fragments des reliques sacrées du bois de la vraie croix et des épines de la sainte couronne, saint Denis premier évêque parisien et martyr et sainte Geneviève vierge et patronne de la cité.

Aux parisiens, en cette vigile de Pentecôte, après la bénédiction solennelle de la croix, dans notre église métropolitaine, ce jour 11 juin MDCCCLIX (1859).

Signature : Fr mic cardinal Morlot. »

 

La boite enfermant les reliques et le procès verbal est fermée avec un ruban rouge fixé par un cachet de cire rouge aux armes de son Éminence. Sur le dos du coq se trouve une petite pièce de rapport fixée avec des vis, qui ferme le compartiment dans lequel sont déposées les reliques. »

 

En 1935 une réfection importante est menée sur la flèche de Notre-Dame, totalement échafaudée en bois - l’échafaudage tubulaire métallique n’arrivant que dans les années 1950 - sous l’égide d’Emile Brunet, l’architecte en chef de la cathédrale. Le coq et la couronne de la Vierge aux seize roses sont déposés et restaurés par la maison Monduit, qui prit la suite des frères Durand de l’époque de Viollet-le-Duc, spécialisée dans la plomberie d’art.

Les reliques, ôtées lors de cette restauration, sont replacées dans le coq. Le nouveau procès-verbal du cardinal Monseigneur Verdier y est inséré :

 

« Le vendredi 25 octobre 1935

Son Eminence Mgr Verdier est venu après l’office de l’après midi bénir, au chœur, par la bénédiction et ouvrir le coq réparé par la maison Monduit et qui doit être replacé au sommet de la flèche restaurée aussi par les soins d’Emile Brunet, architecte en chef de Notre Dame.

Son Eminence a déposé dans le corps du coq un tube de plomb contenant un procès verbal écrit sur parchemin (et qui avait été lu à haute voix) avec les reliques de Saint Denis, de Sainte Geneviève et une parcelle de la Sainte Couronne. L’ouverture a été fermée par une plaque métallique vissée et enduite de céruse sur les bords. Un autre exemplaire également sur parchemin du procès verbal est réservé aux archives du Chapitre.Etaient présents avec son Eminence, son Excellence Mgr Crépin, Doyen du Chapitre, les chanoines qui avaient pris part à l’office, MM les architectes surveillant les différentes manipulations.

Le coq a été remonté le lendemain 26 au matin ».

 

Il est donc normal qu’aujourd’hui cette tradition des reliques se perpétue, sous l’égide de Mgr Ulrich.


© Bernard Brangé

 

Mais revenons à l’élévation du coq. Cette vue du coq, floue pour nous derrière ces branches, reflète comme en écho le mystère entretenu autour du nouveau visage de celui-ci, bien qu’une maquette du coq offerte par l’architecte en chef Philippe Villeneuve au Président de la République en avait donné un avant-goût.


Nous la découvrons, toute dorée, lumineuse. C’est vraiment impressionnant.

 

© Bernard Brangé

Enfin le coq se révèle. L’architecte Villeneuve a dessiné ce nouveau coq, comme en son temps son prédécesseur l’architecte Viollet-le-Duc avait dessiné le coq de 1859. Les ailes du coq sont levées à la verticale et semblent s’enlacer comme une flamme, ultime rappel de l’incendie dévastateur. Ce symbole du renouveau prend acte et rappelle la mémoire de ce drame au lieu de le gommer, de chercher à l’effacer.



© Bernard Brangé

Comme le dernier élément du poinçon de la flèche suivi quelques jours plus tard de l’immense croix métallique, notre coq s’envole littéralement vers son emplacement ultime, hissé par la même grue.

© Bernard Brangé

L’élévation se termine, la grue fait une rotation et amène le coq à la verticale de l’échafaudage métallique. Moment inoubliable pour les personnes au sommet. En ce jour le soleil accompagne cet événement.

© Bernard Brangé

16h20 Une jeune femme, appelée « le lapin » attrape le filin pour guider la descente du coq à sa juste place

© Bernard Brangé

La manille est décrochée ainsi que le filin, puis le coq est ajusté au sommet de la croix. Ensuite, ce ne sont que des moments de joie...

Romaric Toussaint © Rebâtir Notre-Dame de Paris


Une belle photo de famille de l’Etablissement Public: l’archevêque Mgr Ulrich et le recteur de Notre-Dame Mgr Ribadeau-Dumas, encadrent le coq. En arrière-plan, au dessus, Philippe Villeneuve s’appuie à l’échafaudage tandis que le directeur de l’Etablissement Public Philippe Jost, à gauche, laissent les deux hommes d'église encadrer ce symbole chrétien.Ces quatre hommes rient, ou sourient, de manière marquée. Ont les sent extrêmement heureux, heureux de ce moment, heureux du coq, heureux d'être ensemble, heureux de ce challenge incroyable réussi ! Quel moment extraordinaire.


© Bernard Brangé

 

17h20, c’est fini. Le gigantesque échafaudage métallique fête à sa manière cet achèvement, le soleil de fin de journée le transformant en un manteau doré, à l’image du coq qu’il absorbe.

Saluons au passage la prouesse technique de cet échafaudage métallique pyramidal qui culmine à près de cent mètres de haut. Remarquons les nombreux tubes posés en oblique, afin d’assurer le contreventement de l’échafaudage et d’empêcher une éventuelle torsion latérale destructrice que des vents violents occasionneraient. Bravo aux échafaudeurs.

Enfin, sur cette dernière photo, l’avancement des travaux de la toiture est manifeste. Bientôt l’hémicycle de bois formant charpente en bout d’abside sera achevé, renforçant l’impression d’un ouvrage terminé, nous rendant la forme si connue de la cathédrale vue depuis son chevet, de l’autre côté du quai.


En conclusion, tout est allé très vite, beaucoup plus vite que lors des travaux de Viollet-le-Duc. Il a fallu deux mois aux équipes de Viollet-le-Duc pour terminer la flèche, depuis la pose du dernier élément du poinçon jusqu’à la fixation du coq au dessus. Là, deux semaines auront suffi pour achever le même ouvrage. N’oublions pas cependant les énormes différences d’organisation du chantier et surtout les moyens humains et techniques incomparables. Cependant, à leur époque, ils avaient fait très vite.


Pourquoi aujourd’hui une telle course ?

Les moyens humains, techniques et financiers étant là, pourquoi ralentir le chantier alors que l’attente du public est immense ? Le délai de cinq ans a été annoncé par le Président de la république dès le lendemain du drame du 15 avril 2019. Au démarrage des jeux olympiques à l’été 2024 à Paris, Notre-Dame devrait pouvoir montrer sa nouvelle toiture et sa flèche, couvertes de plomb et libérées de leur carcan d’échafaudage, pour le bonheur de tous.

La couverture en plomb de la cathédrale prendra encore quelques mois. Elle se compose du recouvrement des toitures par des plaques de plomb ainsi que toutes les œuvres en plomberie d’art, comme les épis de faîtage, déjà fabriqués en partie, constituant la longue crête, qui court sur les toitures ainsi que les gargouilles, les oiseaux menaçants, les crochets de végétaux recouvrant la flèche, sans oublier les foudres métalliques, en acier, dardant vers le sol, entre les deux étages à jour de la flèche.




 

Nota : pourquoi cette flèche néogothique a-t-elle été édifiée au XIXe ? Pour le comprendre, ainsi que la construction de deux autres flèches néogothiques en 1854 à la Sainte-Chapelle de Paris et en 1858 à la cathédrale Sainte-Croix d'Orléans, par le même compagnon charpentier-gâcheur Pierre-Joseph GEORGES et le même entrepreneur en charpente Auguste BELLU, voir notre article publié dans la revue annuelle "Fragments du Compagnonnage N°18", éditée par le musée du Compagnonnage de Tours, en décembre 2021.


A propos

" 16 décembre 2023 : Pose du coq au sommet de la flèche de Notre-Dame de Paris"


Textes : Christian DUMOLARD

Photos : Bernard BRANGÉ

Avec l'aimable concours de Pascal JACOB, Past-Président et Membre d'Honneur de l'Association Restaurons Notre-Dame


Commentaires


bottom of page